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Des impromptus autour de la création EINE WINTERREISE du collectif Meute

By | Centre Hospitalier Isarien EPSM de l'Oise 2021/2022

Le collectif Meute participe pour la seconde année consécutive au dispositif Plaines Santé. Cette année, les artistes proposent un ensemble d’impromptus sous forme d’ateliers participatifs et de concerts à l’EPSM de l’Oise.

« Quoi ma gueule ? qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? », fredonne Cédric Van Caillie, accompagné par sa guitare électrique. L’auditoire est silencieux, attentif, bercé par la musique. Le hall est cotonneux, lumineux, reposant. De confortables chaises grises et vertes accompagnent les spectateurs et spectatrices dans leur détente. « Ba alors, vous ne chantez pas ! Personne ne chante !? », s’exclame Pascale, une patiente venue assister au concert. Et elle chantonne avec Cédric, voix grave, mélodique et rocailleuse.

Pascale est mélomane : « Je me lève avec la musique, je me couche avec la musique, ça me détend. Alors oui, j’ai aimé, c’était très bien, j’ai chanté, témoignera-t-elle à la fin du concert. Avec la musique, j’entends ce que je veux entendre. »

Le concert continue. « Ne vous déplaise en dansant la javanaise … ». Cette fois Pascale a eu raison de l’auditoire, les patients et les soignants fredonnent. Le hall est décoré, une note de musique scintille, suspendue à la branche du sapin de Noël. Les fenêtres rectangulaires, juste en dessous du plafond, laissent entrer de grands morceaux de soleil sur les murs beiges. « Oh c’est beau ! », s’exclame Pascale, quand Cédric entame une de ses compositions personnelles.

« Car il reste du temps pour regonfler nos voiles » chante le musicien, comme un murmure rassurant, un souffle qui apaise.

« Le dispositif est facilement réalisable pour les équipes car il demande peu de logistique »

« Nous avons choisi ce hall car c’est l’endroit où les 4 unités peuvent se regrouper, c’est un lieu propice à la réunion », expliquent Sandrine Roekens et Johanna Triaire, coordinatrices culturelles à l’EPSM de l’Oise. L’établissement a souhaité reconduire le dispositif Plaines Santé une seconde année car les impromptus de la saison une ont fait l’unanimité. (Il s’agissait du duo de musiciens formé par Sandra Nkake et Ji dru). « Ce sont toujours des moments légers pour les patients », souligne Johanna Triaire. « Le dispositif est facilement réalisable pour les équipes car il demande peu de logistique, et est donc facilement adaptable aux contraintes de soins des unités, explique Sandrine Roekens, et puis humainement, ce sont toujours de belles rencontres ».

Cette année, le collectif Meute a impulsé une nouveauté : animer des ateliers du lundi au jeudi, soit 4 jours consécutifs. « Au départ les équipes soignantes étaient réticentes » avouent Sandrine. Sarah Thery , chanteuse lyrique du collectif Meute explique : « On voulait faire participer les patients à la création de notre nouveau spectacle, une œuvre de Schubert intitulé EINE WINTERREISE, qui raconte l’histoire de quelqu’un qui marche dans la neige ». Le texte est trop lourd pour travailler directement dessus, alors les artistes ont proposé de créer des cartes postales sonores sur la thématique des « souvenirs de printemps ». Les participants et participantes étaient invités à raconter un lieu qu’ils et elles aimaient.

Les services ont finalement tous apprécié cette série d’ateliers. « C’était important de se dire que c’est possible, renchérit Sandrine Roekens. Cela a permis aux patients des 4 unités du CPHT (Centre Psychothérapique Henri Theillou) de se rencontrer car d’habitude ils n’ont aucun lieu pour se réunir hormis la cafétaria ».

Une expérience riche et complexe pour les artistes. « C’était important pour nous de travailler sur le temps long avec les groupes de patients, raconte Sarah Thery, mais on a compris qu’un processus de création était plus difficile à mettre en place qu’un processus de diffusion. Ce serait peut-être plus adapté au format résidence. ». Quoi qu’il en soit, les équipes et les patients étaient « hyperheureux » à la fin. « Et puis c’est vraiment important qu’il y ait des artistes dans les lieux de soin car les gens ne peuvent pas sortir, alors c’est vital pour eux de continuer à avoir accès à la culture », conclue Sarah. Le temps est venu pour les artistes d’aller déjeuner, avant d’entamer un nouvel après-midi d’atelier.

 

Un avant-goût de Noël dans les couloirs du CH de Maubeuge

By | CH de Maubeuge 2021/2022

Un avant-goût de Noël dans les couloirs du CH de Maubeuge

Jeudi 8 décembre 2022, le Chœur de Chambre Septentrion a livré 3 impromptus musicaux au CH de Maubeuge. Ces courtes formes viennent conclure l’ensemble des concerts, ateliers voix et ateliers d’écriture instaurés par le collectif dans le cadre de Plaines Santé.

« Juste avant Noël, ça fait du bien, lance une patiente du service psychiatrie du CH de Maubeuge. D’habitude, on est angoissé quand on rentre ici, et là, pour une fois, c’était agréable. » Les six chanteur.ses lyriques du Chœur de Chambre Septentrion ont été chaleureusement applaudis, quittent le hall de l’hôpital, là où ils viennent de chanter un répertoire de Noël aux sonorités lyriques. « C’était comme ça, réagit une jeune patiente, le pouce en l’air. J’aimerais beaucoup avoir la même voix, c’est impressionnant ! ». Une dame au pull bleu a gardé un sourire apaisé sur le visage alors que le concert est terminé. Christophe, patient lui aussi, ancien technicien polyvalent à la scène nationale Le Manège se remet de sa prestation avec joie. Entre deux chansons, Christophe a lu une partie des textes écrits par les patients et patientes lors de deux ateliers d’écriture animés par la comédienne Alexia Leu. Le duo improvisé a coloré le concert d’une touche de poésie.  « On a créé des textes sur les souvenirs, moi j’ai écrit sur les voyages et les mineurs de fond et j’ai accepté de les lire aujourd’hui car j’adore la narration, j’adore parler et raconter des histoires », s’enthousiasme Christophe.

Le Chœur de Chambre Septentrion est intervenu de juin à décembre, en proposant diverses formes et impromptus artistiques : concerts au chevet, ateliers voix, ateliers d’écriture. Pour ces derniers, le collectif a travaillé avec la comédienne Alexia.

Des impromptus pour le plaisir des patients et des soignants

Au fond du hall aménagé en salle de concert improvisée, deux soignantes profitent du concert. «  Les patients étaient très contents de venir voir le concert et de retrouver Alexia car ils ont très apprécié les ateliers d’écriture, explique l’une d’entre elle. Nous n’avons pas l’habitude de faire venir des artistes, faute de budget, alors du coup, là, on en profite ! »

Et c’est justement le personnel soignant qui était au rendez-vous le matin-même dans les couloirs des services de chirurgie et de gériatrie. Pendant une vingtaine de minutes, les artistes ont proposé un répertoire lyrique tonitruant dans les halls d’accueil des deux services. Entre les chariots des plateaux repas, les civières, et les visiteurs pris par surprise en sortant de l’ascenseur, les chanteurs et chanteuses ont attiré quelques soignants, d’abord timides, adossés contre les murs des couloirs. « On s’ambiance ici », peut-on entendre s’échapper de l’accueil du service chirurgie. Estelle, secrétaire médicale, confie à la fin du concert : « C’est vraiment sympa, et c’est la première fois que je vois ça ici. Dommage qu’il n’y ait pas eu plus de passage dans le service. Les patients sont restés dans leur chambre, mais pour nous, on a bien aimé, ça nous a fait une pause ! ».  À l’entrée de l’unité ambulatoire adulte endoscopie, une médecin a écouté tout le répertoire avec attention. « Cela me rappelle mon enfance car je viens de Roumanie et là-bas, nous avons souvent de la musique dans les rues, dans les hôpitaux aussi. », confie-t-elle avant de disparaitre dans le couloir.

Le programme de la journée est chargé avec 4 représentations. À la cafétaria du CHU, entre deux bouchées, Mélinée Lesschaeve, soprano revient sur cette expérience : « C’était différent à chaque fois. On a proposé différentes formes. À chaque fois on s’adapte au public et à l’organisation. Mais pour moi, le contact le plus fort était avec les patients en psychiatrie. »

La distribution du jour au CHU de Maubeuge :

Direction : Rémi Aguirre Zubiri

Comédienne : Alexia Leu

Sopranos : Clémence Olivier, Mélinée Lesschaeve

Mezzo : Magali Aguirre Zubiri

Ténor : Benjamin Aguirre Zubiri

Baryton : Alexandre Richez

Basse : Christophe Gautier

 

«C’est vraiment la rencontre de deux mondes»

By | EPSM Somme 2021/2022

Vendredi 2 décembre 2022, l’Ensemble Contraste a rendez-vous à l’EPSM de la Somme, à Amiens, pour deux derniers concerts. L’ensemble conclue ainsi sa deuxième participation au dispositif Plaines Santé. Pour cette deuxième saison, les musiciens se sont rendus à plusieurs reprises dans les différentes unités de l’EPSM afin d’animer des ateliers et des concerts. L’occasion pour Plaines Santé d’interroger Marie Vincent, responsable des affaires culturelles et de la communication à l’EPSM de la Somme.

  • Pouvez-vous présenter l’établissement ?

L’Etablissement Public de Santé Mentale (EPSM) de la Somme est composé de 4 pôles : la psychiatrie générale ; la filière de réhabilitation psycho-sociale ; la pédopsychiatrie et la psycho-pharmaceutique. Ces 4 pôles sont répartis sur 40 hectares et plusieurs antennes à Amiens et ses alentours.

  • Quelles politiques culturelles mettez-vous en place au sein de l’EPSM ?

Je suis arrivée en 2019, or il y a avait déjà une politique culturelle bien installée et facilitée par les politiques Culture Santé de la DRAC et de l’ARS. Ces politiques ne sont plus reconduites depuis 2020 mais cela ne nous a pas empêché de continuer à faire des projets. Cela nous a fait prendre un autre virage : avant 2020, nous travaillions avec les artistes en amont, nous montions un projet avec eux, et on obtenait ou non un financement. Désormais, la DRAC fait toujours des appels à projet mais cette fois, en nous proposant des artistes. C’est le cas avec le dispositif Plaines Santé par exemple, et c’est ainsi que nous avons été amené à travailler avec l’Ensemble Contraste. Avec du recul, je trouve que cela nous a permis de sortir de notre zone de confort et de découvrir de nouveaux artistes.

Parallèlement, nous développons une politique de partenariats sur le territoire grâce à notre commission culture. La commission se réunit 4 fois par an. Elle est ouverte à tout le monde dans l’établissement. C’est un lieu de libre expression ou chacun y emmène ses envies. Nos partenaires culturels sont invités, ainsi que ceux avec qui nous n’avons pas encore de convention mais avec qui nous avons envie de collaborer. Ces réunions sont des espaces de rencontres, d’échanges et amènent à la mise en place de projets. Nous ne nous fixons aucune limite et jamais la Direction ne refuse nos propositions.

  • Quel est selon-vous l’objectif principal des partenariats ?

Notre objectif est de ramener la culture dans nos locaux, mais surtout, d’aller à l’extérieur avec les patients patientes. Les deux sont essentiels car nos patients ne seront pas toujours hospitalisés, ce sont des gens comme tout le monde, et une fois revenus à la vie « normale », ils et elles pourront continuer de fréquenter ces lieux. Nos partenaires sont très réactifs et en demande. Nous avons un tarif préférentiel mais il est important pour nous que les patients contribuent financièrement car la culture n’est pas gratuite.

  • Comment trouvez-vous de nouveaux partenariats ?

Nous travaillons avec déjà beaucoup de partenaires (la Comédie de Picardie, le Safran, le Musée de Picardie, le FRAC, etc). Nous essayons aussi de délocaliser nos commissions culture. Hier par exemple, nous étions au Zoo d’Amiens pour l’une de nos commissions et nous sommes en train de développer un partenariat avec l’établissement. En février, nous serons accueillis par le FRAC Picardie pour la première commission culture de 2023. Je reste persuadée que c’est le relationnel qui fait avancer les choses.

  • Qu’est ce que vous aimeriez améliorer ?

Nous aimerions accueillir quelqu’un en résidence mais nous n’avons pas les fonds pour le moment. Ensuite, nous observons que par habitude et par manque de temps, la culture est un peu moins ancrée en intra-hospitalier. Nous aimerions pouvoir la développer davantage. Mais j’ai bon espoir car des soignants qui travaillent en intra-hospitalier viennent de rejoindre la commission culture.

  • Pourquoi, selon-vous, est-il nécessaire de faire entrer la culture dans le milieu hospitalier ?

Pour moi, ce sont des moments magiques. On oublie la maladie, la pathologie. Il n’y a plus de différences entre patients et soignants. Les patients et patientes ne sont pas différents de nous, alors tout comme nous, cela permet de passer un bon moment, de se détendre et de se changer les idées.

  • Pour ce premier Plaines Santé dans l’établissement, comment avez-vous travaillé ?

Nous avons tout d’abord candidaté à l’appel à projet. Quand nous avons su que nous étions sélectionnés, nous avons choisi 3 représentants à la Commission Culture. Ces trois représentants ont choisi l’ensemble Contraste.

Ensuite, nous avons rencontré les artistes avec le Bureau d’Inspiration Partagée (BIP). Les choses étaient encore assez floues à l’issue de la première réunion mais on s’est dit qu’un premier concert serait bienvenu pour commencer. Il a eu lieu le 16 mai 2022. Il y a eu pas mal d’inscrits sur cette date. C’était magique : les patients nous ont remercié et les services frileux ont été convaincus et ont voulu en être.

À chaque venue des artistes, 3 services profitaient de leur présence et les musiciens se sont baladés dans toutes les unités. Nous voulions clôturer cette belle collaboration par un concert, qui a donc eu lieu aujourd’hui, le 2 décembre.

  • Quel est selon vous le point fort d’un dispositif comme Plaines Santé ?

Cela a le gros avantage de nous obliger à aller vers quelque chose de nouveau. Les soignants peuvent avoir l’habitude de travailler avec les mêmes artistes parce qu’ils ont peur d’aller vers des ateliers ou des rencontres qu’ils n’ont pas préparés. Alors oui au départ cela créé des appréhensions, mais au final, la majorité des unités étaient très satisfaites. Pour les musiciens aussi c’est beaucoup d’émotions. Ils m’ont confié être admiratifs du travail des équipes. C’est vraiment la rencontre de deux mondes !

  • Quel est votre prochain projet ou celui en cours ?

Nous avons un projet d’exposition photo sur les murs d’enceinte de l’EPSM. Cette exposition est le fruit de notre collaboration avec l’ESAD d’Amiens qui a réalisé un projet photo au sein de nos services. Nous voulons montrer sur nos murs ce qui se passe à l’intérieur. L’inauguration est prévue en mars 2023 !

 

Des steppes au cercle polaire, voyager les yeux fermés à la Nouvelle Forge.

By | La Nouvelle Forge 2021/2022

Claire Rolain et Julien Tortora forment le duo Dead as the dodo, porté par la compagnie La Générale d’Imaginaire. Dans le cadre de Plaines Santé, la compagnie propose plusieurs de ses projets à La Nouvelle Forge. Claire et Julien sont intervenu.e.s le jeudi 13 octobre au SAMSAH (Service d’Accompagnement Médico-Social pour Adultes Handicapés) situé à Venette, à côté de Compiègne. L’impromptu a rassemblé plusieurs services de La Nouvelle Forge pour un voyage collectif et imaginaire.

« Mettez-vous à l’aise », invitent les deux musiciens. La salle est calme. Les adolescents sont étendus sur des matelas, détendus. « On s’appelle Claire et Julien, on a un groupe de musique à deux et on écrit des chansons sur les animaux en voie de disparition ». Les artistes parlent d’une voix basse et douce, presque en chuchotant.

« Allez, on démarre le voyage ensemble ».

Les premières notes retentissent sur le clavier de Julien et la voix de Claire nous emporte dans la quiétude, comme une berceuse.

« Nous partons dans la plaine, le soleil se lève, il fait très chaud, dans les hautes herbes, le tigre de la Mer Caspienne lève les yeux … tous les animaux de la plaine s’apprêtent à fuir … »

Julien regagne son clavier pendant que Claire entame un chant.

« Fermez les yeux » « Je respire ». « Voilà respirez tranquillement ».

Les jeunes, allongés sur des tapis, s’apaisent. Un à un, ils trouvent leur position. Allongé les yeux fermés pour Dylan, son ventre fait un va-et-vient paisible au rythme de sa respiration. Il est allongé dans la plaine, à l’abri dans les hautes herbes, ou peut-être loin de là. Qu’importe, il semble bien,
assoupi, endormi, rêveur.

Le personnel aussi est confiant. Assises au fonds de la salle, ou bien à côté d’un jeune, elles écoutent le tour de chant avec attention. Certaines ferment les yeux.

« Les animaux de la plaine ont tous déserté car ils ont pris peur. Là-bas tout en haut, il y a la gazelle dama… Elle décide à son tour d’aller se cacher et monte sur la plus haute cime de la montagne. »

La musique est douce, électro, minimaliste. Il n’y a pas de paroles, juste des notes chantées. La voix de Claire nous emmène cette fois en haut de la montagne.

Mathieu suce son pouce. Il a arrêté de gesticuler et de pousser des petits gémissements. Il ferme les yeux. Son voisin Cédric est calme lui aussi, le regard tourné vers les artistes. Il sourit. Walid quant à lui s’est fait une couverture avec son pull, allongé sur un tapis violet, il respire paisiblement, agitant de temps en temps ses pieds, emmitouflés dans des chaussettes rayées bordeaux et grises.

« Maintenant nous sommes au Pôle Nord et l’ours a creusé un trou dans la banquise pour attendre sa proie. »

Adam gesticule, il tourne et se retourne. Il saisit la main de son éducatrice et retrouve son calme alors que le duo entame sa troisième chanson.

Baptiste est au premier rang, allongé sur un gros pouf rouge. Il écoute. Il a les yeux fermés et se bouche les oreilles. Walid se fabrique une longue vue avec ses doigts, puis il se frotte les yeux et tire son pull contre sa poitrine avant de se rendormir. Adam s’est réveillé, il dessine des ronds sur le tapis. Il tend sa main à son éducatrice et retrouve le calme.

« L’orang-outan de Sumatra mange des fourmis. »

Mathieu caresse la main de son éducateur. Dylan n’a toujours pas bougé. On lui devine presque un sourire alors qu’il dort. Walid lève les deux bras au ciel puis se rendort.

Puis, le tour de chant arrive sur sa fin. Il va falloir se réveiller.

Un moment de calme pour apprécier la musique

« Matthieu a aimé. Cédric aussi, beaucoup ! C’était zen, intense, détente », souligne un des éducateurs. A la fin du tour de chant, les jeunes se dirigent vers les musiciens et s’essaient au clavier.

« C’est la preuve qu’ils ont aimé, ils sont curieux, ils veulent interagir avec les instruments et les artistes ».

« C’était bien, j’étais détendu », dit Dylan.

Pour le duo de musicien, c’est une première date dans le cadre de Plaines Santé. « Et une première aussi avec des adolescents », explique Claire. « On avait peur que ce soit trop long mais non : ils ont accroché. On a adapté des chansons de notre album. », explique Julien. « De manière générale, je les voyais d’ici, ils écoutaient à fond. Tu sens que des sons déclenchent des choses dans leurs corps, ils réagissaient avec la musique», renchérit Claire.

Dylan est le dernier à quitter les lieux. « Merci ! Aurevoir ! », répètent-ils plusieurs fois. Il joue une dernière note sur le clavier, la laisse raisonner puis disparaitre. Enfin, à son tour, il salue les musiciens et quitte les yeux.

Philtres d’amour et d’émotions dans les quatre EPSM du GHT

By | GHT de Psychiatrie du Nord Pas-de-Calais

– Entrez, entrez !
– Ça dure combien de temps ?
– Oh, pas plus d’une heure, ce n’est pas vraiment un spectacle : c’est une conférence sur l’amour.
– Sur quoi ?
– Sur l’amour.
– Et bah ! c’est bien, il va y avoir débat alors…

Dans une salle au premier étage du centre de soin Jean-Baptiste Pussin de l’EPSM des Flandres, le public prend place. Elodie Segui, comédienne, les accueille en leur proposant une boisson fraîche aux allures de potion magique. Le public est sur ses gardes. L’impromptu d’Elodie est une tentative fragile et quelque peu radicale pour comprendre la passion amoureuse.

– Est-ce que vous êtes une sorcière ?
– Non. Vous trouvez que j’ai une tête de sorcière ?

Sur une table face à l’audience, Elodie a disposé tout un tas d’objets curieux : 3 pommes, 3 noix, une planche de bois, 2 pics en bois, un bout de ficelle, un thermomètre, un oxymètre, des feuilles blanches, un briquet, un bol contenant une infusion bleue aux fleurs de pois de senteur. L’enceinte
diffuse le Coup de soleil de Richard Cocciante. Sur le sol, la comédienne a laissé traîner une paire d’escarpins noirs à hauts talons. Dans le coin près de la fenêtre se trouve une valise. « Mais tu n’es pas là, et si je rêve tant pis, quand tu t’en vas, j’dors plus la nuiiiiit » Un monsieur chante au son de la musique.

Patients, soignants, tout le monde est enfin installé. La conférence commence. La comédienne invite le public à « traverser ensemble des états amoureux ». Elodie revêt ses chaussures, « les chaussures de la passion », explique-t-elle. Elle joue un à un les différents états amoureux : la joie, la tristesse, le chagrin, la rage, le sentiment d’abandon. Ensuite, place aux travaux pratiques sur l’amour : la comédienne invite le public à faire un « rituel magique » : écrivez sur le bout de papier une intention envers quelqu’un que vous aimez. Les formules magiques sont ensuite lues à haute voix : « Sophie, je veux que tu arrêtes de tout ranger », « Batman, je veux que tu me tisses une toile et que tu m’emmènes dans ta voiture volante », « Thierry je veux que tu me fasses danser toute la vie ». La formule semble fonctionner car la performance se termine par une invitation à la danse. Quelques personnes se lèvent et rejoignent Elodie pour danser.

TROIS QUESTIONS À …
Thierry Vandersluys, danseur en charge de l’action artistique à l’EPSM des Flandres

Thierry est artiste, danseur en charge de l’action artistique à l’EPSM des Flandres depuis 12 ans.

En quoi consiste ton métier de délégué culturel de l’EPSM ?
Je préfère le terme de catalyseur artistique. Alors en quoi ça consiste ? Je dirais que c’est faire converger les personnes vers un même point et redonner de l’horizontalité à l’intérieur de l’hôpital. Le message artistique s’adresse à tout le monde : patients, soignants, cadres, cadres sup, directeurs etc. Concrètement, dans mon métier il n’y a pas de semaine type. Le but c’est de rester en mouvement auprès de toutes ces personnes. On amène le feu d’artifice près des gens. On fait venir des artistes pour des impromptus ou des résidences. On est aussi une plateforme disponible pour les artistes qui veulent faire de la recherche, les accompagner et les impulser dans leurs délires. C’est créer un espace confortable pour tout le monde où les personnes se sentent libres d’agir et d’être.

Selon toi, quelle place devrait occuper l’art dans le milieu hospitalier ?
Je pense qu’il faut voir l’hôpital comme un espace de présence artistique, notamment grâce à des résidences. Il faut de la place pour le geste artistique et faire converger et dialoguer autour. Le spectacle est partout. Il faut ouvrir les yeux et le spectacle est là. Il faut donner la possibilité aux artistes de faire des propositions et ensuite, nous faisons venir le public là où les artistes sont, et vice versa. Tout comme les artistes viennent là où le public est. Laisser libre les artistes et ne pas leur donner à faire. J’aimerais être à l’essence de ce dispositif-là. Comment ouvrir les isolements  ? Ouvrir les murs, en faire des espaces d’expérimentations pour les étudiants infirmiers, les étudiants en école d’art, ou encore les étudiants éducateurs. J’aimerais que les publics puissent se rencontrer, se mélanger et se poser des questions ensemble.

Quel projet rêverais-tu de mettre en place dans le futur ?
J’aimerais qu’il y ait un EPSM spécialisé sur la danse et le mouvement. Ce serait super. Il y a beaucoup de personnes qui s’interrogent sur le mouvement en France comme à l’international. Toutes les techniques de danse postmoderne peuvent permettre de repenser l’hôpital en termes de sensations. L’EPSM pourrait devenir un centre de ressources qui organiserait des stages, des résidences, des rencontres avec tous les acteurs du réseau de la danse et du mouvement en psychiatrie.