Philtres d’amour et émotions au Centre de Soins Jean-Baptiste Pussin à Cappelle-la-Grande

By June 15th, 2022 GHT Psy Nord Pas-de-Calais

– Entrez, entrez !
– Ça dure combien de temps ?
– Oh, pas plus d’une heure, ce n’est pas vraiment un spectacle : c’est une conférence sur l’amour.
– Sur quoi ?
– Sur l’amour.
– Et bah ! c’est bien, il va y avoir débat alors…

Dans une salle au premier étage du centre de soin Jean-Baptiste Pussin de l’EPSM des Flandres, le public prend place. Elodie Segui, comédienne, les accueille en leur proposant une boisson fraîche aux allures de potion magique. Le public est sur ses gardes. L’impromptu d’Elodie est une tentative fragile et quelque peu radicale pour comprendre la passion amoureuse.

– Est-ce que vous êtes une sorcière ?
– Non. Vous trouvez que j’ai une tête de sorcière ?

Sur une table face à l’audience, Elodie a disposé tout un tas d’objets curieux : 3 pommes, 3 noix, une planche de bois, 2 pics en bois, un bout de ficelle, un thermomètre, un oxymètre, des feuilles blanches, un briquet, un bol contenant une infusion bleue aux fleurs de pois de senteur. L’enceinte
diffuse le Coup de soleil de Richard Cocciante. Sur le sol, la comédienne a laissé traîner une paire d’escarpins noirs à hauts talons. Dans le coin près de la fenêtre se trouve une valise. « Mais tu n’es pas là, et si je rêve tant pis, quand tu t’en vas, j’dors plus la nuiiiiit » Un monsieur chante au son de la musique.

Patients, soignants, tout le monde est enfin installé. La conférence commence. La comédienne invite le public à « traverser ensemble des états amoureux ». Elodie revêt ses chaussures, « les chaussures de la passion », explique-t-elle. Elle joue un à un les différents états amoureux : la joie, la tristesse, le chagrin, la rage, le sentiment d’abandon. Ensuite, place aux travaux pratiques sur l’amour : la comédienne invite le public à faire un « rituel magique » : écrivez sur le bout de papier une intention envers quelqu’un que vous aimez. Les formules magiques sont ensuite lues à haute voix : « Sophie, je veux que tu arrêtes de tout ranger », « Batman, je veux que tu me tisses une toile et que tu m’emmènes dans ta voiture volante », « Thierry je veux que tu me fasses danser toute la vie ». La formule semble fonctionner car la performance se termine par une invitation à la danse. Quelques personnes se lèvent et rejoignent Elodie pour danser.

TROIS QUESTIONS À …
Thierry Vandersluys, danseur en charge de l’action artistique à l’EPSM des Flandres

Thierry est artiste, danseur en charge de l’action artistique à l’EPSM des Flandres depuis 12 ans.

En quoi consiste ton métier de délégué culturel de l’EPSM ?
Je préfère le terme de catalyseur artistique. Alors en quoi ça consiste ? Je dirais que c’est faire converger les personnes vers un même point et redonner de l’horizontalité à l’intérieur de l’hôpital. Le message artistique s’adresse à tout le monde : patients, soignants, cadres, cadres sup, directeurs etc. Concrètement, dans mon métier il n’y a pas de semaine type. Le but c’est de rester en mouvement auprès de toutes ces personnes. On amène le feu d’artifice près des gens. On fait venir des artistes pour des impromptus ou des résidences. On est aussi une plateforme disponible pour les artistes qui veulent faire de la recherche, les accompagner et les impulser dans leurs délires. C’est créer un espace confortable pour tout le monde où les personnes se sentent libres d’agir et d’être.

Selon toi, quelle place devrait occuper l’art dans le milieu hospitalier ?
Je pense qu’il faut voir l’hôpital comme un espace de présence artistique, notamment grâce à des résidences. Il faut de la place pour le geste artistique et faire converger et dialoguer autour. Le spectacle est partout. Il faut ouvrir les yeux et le spectacle est là. Il faut donner la possibilité aux artistes de faire des propositions et ensuite, nous faisons venir le public là où les artistes sont, et vice versa. Tout comme les artistes viennent là où le public est. Laisser libre les artistes et ne pas leur donner à faire. J’aimerais être à l’essence de ce dispositif-là. Comment ouvrir les isolements  ? Ouvrir les murs, en faire des espaces d’expérimentations pour les étudiants infirmiers, les étudiants en école d’art, ou encore les étudiants éducateurs. J’aimerais que les publics puissent se rencontrer, se mélanger et se poser des questions ensemble.

Quel projet rêverais-tu de mettre en place dans le futur ?
J’aimerais qu’il y ait un EPSM spécialisé sur la danse et le mouvement. Ce serait super. Il y a beaucoup de personnes qui s’interrogent sur le mouvement en France comme à l’international. Toutes les techniques de danse postmoderne peuvent permettre de repenser l’hôpital en termes de sensations. L’EPSM pourrait devenir un centre de ressources qui organiserait des stages, des résidences, des rencontres avec tous les acteurs du réseau de la danse et du mouvement en psychiatrie.